il est des jours où...

les vicissitudes d'une TZR divaguant dans l'académie de Versailles

09 octobre 2009

formation formatons

après l'annonce des 5000 médiateurs de réussite sensés lutter contre l'absentéisme voilà qu'on entend parler de carottes pour les élèves assidus qui ferait gagner à leur classe des financements, des voyages, etc allant jusque 10000€.

princesse soso t'en parle mieux que je n'aurai pu le faire dans son post "la carotte attitioude". je plussoie l'en saignante.

sauf sur deux points :

"Si jamais Luc Châtel ou n'importe quelle balletringue de la politique passe par ici, voici ce qu'on pourrait faire histoire de lutter contre l'absentéisme:

 

  • Plus de personnel encadrant. Plus de profs, de CPE, de conseillers d'orientation... bref des gens qui ne seront pas over-débordés pour s'occuper aussi de l'avenir des élèves.
  • Améliorer la formation des enseignants. Plus de pédagogie. Plus de vrais conseils. Plus de travail sur le terrain dès le début des études supérieures. Bref, que des gens qui n'ont pas une autorité naturelle ou un charisme de fou puissent se faire respecter et transmettre leur savoir sans se prendre une boulette de gomme dans la gueule à chaque cours. Il ne faut pas fermer les IUFM, il faut modifier les modalités de la formation."

nous écrit princesse soso.


POINT NUMBER ONE

les IUFM ne seront pas purement et simplement fermés mais la formation pédagogique sera transférée aux facultés comme cela se fait dans beaucoup de pays européens (dont la belgique ou la finlande modèle si souvent cité en exemple ces dernières années mais qui n'est pas applicable en france je n'ai pas envie de développer ici)

 

pour ma part j'ai suivi ma formation à l'université de S. en Heimatland et mes études de biologie option enseignement ont été les plus formatives que j'ai connues (possibilité de suivre une option sciences de l'édu avec un stage dès le DEUG, stage obligatoire dans des collèges ou lycées en maîtrise avec observation puis pratique et ce avant même de présenter le CAPES, professeur émérite en botanique ou en bio animale qui étaient aussi responsables des formations IUFM instit ou prof, cours de biologie avec des remarques pédagogiques, puis ma prépa CAPES/agreg qui faisait office de 1ère année d'IUFM avec des cours de péda et des intervenants extérieurs direct from the terrain tout en continuant bien sûr d'engranger une montagne de connaissances disciplinaires)

 

puis j'ai suivi après l'obtention du concours l'année obligatoire d'IUFM que tous les enseignants considèrent dès la première semaine de cours comme une perte de temps et en décalage complet avec la profession, et que j'ai moi aussi considérée comme telle dès la seconde journée.

les rares enseignements que j'en ai tirés venaient de mes heures en disciplinaires puisque les enseignants de SVT que nous avions étaient extrêmement présents, motivés et toujours sur le terrain et que nous retrouvions aussi certains des formateurs que nous avions à la fac. par contre les heures d'analyse de pratique professionnelle me servaient à corriger des copies au lieu de trucider les autres stagiaires que je considérais déjà inaptes à l'enseignement.

donc oui je suis pour la fermeture de ces lieux de perdition neuronales que sont les IUFM ancienne version où des formateurs qui n'ont pas eu un élève devant eux depuis les années 75 tentent de t'apprendre ce que c'est que le métier, où une psychologue scolaire à qui ont pourrait consacrer une étude sur les thèmes égo, mégalomanie et narcissisme nous parlait de comment elle était meilleure que tous et que les enfants sont des êtres en plein changements qu'il ne faut pas brusquer ha et pareil pour les ado, où des formateurs informatiques maîtrisaient moins bien que certains de leurs stagiaires le logiciel étudié. l'IUFM resté bloqué dans un mode manège enchanté gavé d'idée post68 gauchisantes où il ne faut pas critiquer l'autre, mais juste discuter avec lui sinon tu risques de le faire pleurer en lui apprenant que tout le monde est pas si beau et pas si gentil et que tu le considères comme un con inapte à survivre en milieu scolaire sauf en pénalisant des générations de pauvres élèves qui l'auront en classe.

oui parce que tous les gens pétris de bonnes ou mauvaises intentions qui s'enrôlent un jour dans l'EN ne sont pas forcément de bons pédagogues. d'où mon point numéro deux.

POINT NUMBER TWO

je ne sais pas s'il est nécessaire de vouloir à tout prix avoir plus de personnel éducatif dans les établissements. j'en voudrais surtout de mieux formés, de plus aptes à gérer les cas difficiles auxquels nous sommes de plus en plus confrontés malheureusement.

pas des pseudo-emplois précaires destinés à diminuer transitoirement les chiffres du chômage, ni des apeurés du secteur privé ou des fainéants qui voient dans le fonctionnariat un moyen d'être à l'abri quelques temps voire plus, ni des idéalistes qui pensent que le film "esprits rebelles" est un docu-fiction, ni des déçus de leur formation ou du marché de l'emploi qui ont entendu dire que les prof sont des planqués qui ont plein de vacances.

lors de ma formation j'ai vu :

- la stagiaire d'allemand pleine de bonne volonté. elle déblatérerait sur son incapacité à être crédible auprès de ses élèves. elle n'était crédible auprès de personne dans la salle. il me venait l'envie de lui jeter des poires dans la sienne pour stopper sa voie nasillarde et son débit soporifique. sa vision obsolète et idéalisée du métier où le prof sait tout, les élèves sont dociles, travailleurs et cultivés concordait assez mal avec la réalité de ses classes et elle en était presque à pleurer devant ce constat.

- la jeune mère qui après avoir pondu son second enfant s'est rendue compte que ce serait pas si mal de se trouver un boulot plus stable que sa thèse d'histoire de l'art anglais en 1763 et où elle pourrait avoir les congés scolaires avec sa descendance et s'occuper de la popotte pendant que monsieur poursuivait ses desseins plus élevés que simple prof. jeune mère qui sortait en pleine formation téléphoner à la nounou parce que le dernier était malade et qui n'en avait rien à carrer des élèves et de l'enseignement. ha si! elle en avait à carrer un petit peu. ce qui l'énervait c'est de se rendre compte que ses élèves étaient une bande d'ignares en français alors leur apprendre l'anglais c'était comme pisser dans une cornemuse et qu'elle rentrait exténuée chez elle avec des copies à corriger et des cours à préparer alors qu'elle pensait se la couler douce et élever ses propres chiards donc elle aurait bien aimé qu'on lui donne the receipe pour avoir des élèves modèles bien élevés et qui lisent shakespeare pour être tranquille basile 18h et je me casse.

- P. stagiaire SVT. quand on est sujette à la dépression, qu'on a le charisme d'une anémone à marée basse et qu'on déteste les enfants on choisit une autre voie que prof. ayant malgré tout eu sa titularisation dieu sait comment parce que même son tuteur avait décelé que putain elle avait pas la carrure, ni la motivation et lui avait mis des bâtons dans les roues. P. fut mutée en banlieue parisienne, à créteilland dans un collège difficile et dans un lycée à peine moins. Au bout d'un mois P. était déjà en arrêt sous lithium, je me demande ce qu'elle est devenue. j'entamerais des recherches quand j'aurai le temps.

- A. toute mignonne, toute sympa, toute diplômée d'une thèse en microbiologie et d'une agreg de SVT mention hyperbien, ayant déjà enseigné à la fac en tant que chargée de TD pendant sa thèse et s'était découvert une passion pour l'enseignement (et un copain qui voulait poursuivre dans la recherche mal payée donc fallait bien qu'une se dévoue pour avoir un boulot rémunérateur et stable cf. prof d'anglais plus haut).
A. qui nous raconte avec des larmes aux bords des yeux et des trémolos dans la voix parce que bon "elle en était encore toute retournée de cette histoire" : un de ses élèves de 1èreES avait profité d'une séance de TP pour se tailler des jolies entailles sur le bras avec la paire de ciseau destinée normalement à la souris. elle s'en était aperçue (ouf! quel oeil!) et n'avait pas su comment réagir tellement elle était choquée (trémolos trémolos) elle a demandé à l'élève ce qu'il avait et le gamin honnête lui avait dit qu'il n'était pas bien mais que ça le soulageait de faire ça (typique des jeunes qui se scarifient) et A. toute (je te prends, je te) retournée l'avait laissé partir en lui disant d'aller à l'infirmerie. comme c'était veille de vacances et qu'il était tard, A. n'avait pas pu voir le chef d'établissement, ni le CPE, ni l'infirmière, ni un autre prof (un établissement veille de vacances à 18h tout le monde est parti sauf les femmes de ménage et le prof de sciences c'est bien connu). Cette histoire l'a travaillée la moitié des vacances (1semaine!) elle avait tout de même songé à contacter son tuteur pour lui narrer ses déboires et lui demander conseil mais y avait renoncé parce qu'elle ne voulait pas que l'élève se sente trahi. nous étions à la veille de la rentrée, A. nous racontait toute émue en agitant la main devant son nez pour se faire de l'air et nous demandait que faire... les formateurs IUFM manquaient de s'étouffer en songeant aux retombées si le gamin était allé plus loin que la scarification pendant les congés. A. n'avait toujours pas contacté son tuteur ou son proviseur parce qu'elle voulait d'abord parler à son élève pour l'informer qu'elle devait en parler parce que c'était grave (oh une lueur d'intelligence et de bon sens! on espérait plus!). je ne sais pas ce qu'elle donne maintenant en tant que prof, j'espère qu'elle est dans un lycée tranquille sans histoire aucune , avec des élèves modèles, équilibrés et sans once de pensée négatives. parce qu'elle est douée dans sa matière mais ne lui demander pas de sauver un poisson rouge tombé hors de son bocal, elle sangloterait.

encore actuellement je vois dans mon collège un prof d'arts pla qui ne vient jamais en cours, ou une fois dans la semaine histoire de dire qu'il existe toujours. les autres collègues plaisantent jaunement sur le fait qu'on m'a plus vue depuis le début de l'année que lui en 5ans. et monsieur est toujours prof, toujours payé, personne ne fait rien pour le virer et libérer une place au CAPES pour quelqu'un de motivé et de présent pour le remplacer.

il faudrait qu'on ait des gens qui savent où ils foutent les pieds, qui soient formés et sélectionnés pour gérer des gamins et que chaque établissement puisse choisir ses agents en fonction de leur vision pédagogique (comme dans le privé en somme).

alors oui l'EN a peut être un manque en personnel mais surtout elle a un manque de formation, un manque de moyens aussi (je me souviens des années où j'avais des cours en demi-groupe maintenant dans les textes il est obligatoire de dédoubler les 6è mais avec les autres niveaux c'est classe entière en permanence, va disséquer une tête de poisson avec 25 élèves surexcités, ou apprendre à utiliser un microscope avec 29 troisièmes soit un microscope pour 3 et à peine le temps de passer dans les groupes), un manque de suivi et de moyen de pression quand un élève (ou un prof) ne fait pas son travail ou ne vient pas en classe, un manque de cohésion éducative dans les établissements, un manque de valorisation du métier dans la société et je ne parle pas que du salaire loin de là.

et tout ça fait qu'on arrive de plus en plus à un manque de motivation et une perte de vocation.

Posté par bliksem à 10:49 - je suis sérieuse... - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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